La première partie de l'article se concluait par cette déclaration du Dr Marx, expert en recrutement et sélection de cadres dirigeants internationaux : « Le choc culturel est une maladie professionnelle – et une opportunité – dans l'environnement commercial mondial actuel. »
Qu’est-ce que le choc culturel ? Quels en sont les symptômes ? Est-ce une expérience vécue par toutes les personnes exposées à d’autres cultures, ou touche-t-il uniquement les cadres et les professionnels inexpérimentés en contexte international, ou encore les personnes mutées dans des pays éloignés ? Quel est son impact sur mon travail ? Et quel est son impact sur ma vie personnelle ?
Le terme « choc culturel » a été forgé en 1960 et peut être défini comme « une réaction émotionnelle et physiologique provoquée par une immersion soudaine dans une culture nouvelle et différente » (Barna, 1976). Autrement dit, il s’agit de la réponse naturelle à un environnement nouveau, distinct, imprévisible et, par conséquent, incertain.
Le symptôme le plus fréquent résultant de cette réaction est un sentiment de perte de contrôle et de soutien (famille, amis, collègues, soutien de l'entreprise, etc.), mais beaucoup d'autres peuvent survenir, tels que :
– Tension émotionnelle causée par l'effort d'adaptation.
– Se sentir rejeté par les membres de l’autre culture, ou les rejeter.
– Irritabilité
- Insomnie
– Préoccupation excessive pour la santé et/ou l'hygiène
– Sentiment de frustration ou d’échec
– Manifestations somatiques du stress : douleurs musculaires, douleurs d’estomac, maux de tête, etc.
– Un mal du pays excessif pour tout ce qui se passe chez soi.
Dans les cas les plus graves, on observe une tendance aux comportements d'évitement : consommation de tranquillisants et d'anxiolytiques, alcoolisme, toxicomanie, etc., et même des cas de suicide ont été documentés.
Sans aller jusqu'à de tels extrêmes, le choc culturel constitue, à tout le moins, un obstacle majeur aux relations interculturelles, tant sur le plan social que, bien sûr, professionnel.
Lorsqu'un manager ou un professionnel arrive à un nouveau poste à l'étranger, il peut se poser des questions telles que : « À quoi dois-je faire attention ? », « Que signifie exactement cela ? », « Comment dois-je me comporter ? », « Suis-je en train de commettre une erreur ? », etc. Dans un environnement inconnu, nous sommes bombardés de stimuli, de comportements, de pratiques professionnelles et sociales, de normes, etc., dont certains sont nouveaux, contradictoires, voire offensants. Il est donc essentiel de faire un effort considérable pour percevoir et distinguer ce qui est véritablement important de ce qui est simplement accessoire. Or, le problème réside dans la différence de nos cadres de référence. Il est fréquent que, lors des premiers contacts avec une culture différente de la leur, les managers et les professionnels internationaux ne disposent pas d'un cadre d'interprétation approprié et se réfugient donc dans celui de leur propre culture. C'est ce que l'on appelle, en communication interculturelle, le critère d'autoréférence (CAR) : l'hypothèse que ce qui fonctionne bien chez soi fonctionnera tout aussi bien à l'étranger. Logiquement, le CAR est inapproprié, inefficace et source certaine de problèmes dans les contextes internationaux.
Un manager ou un professionnel international doit accomplir des tâches et, surtout, prendre des décisions. Pour ce faire, il a besoin de données et d'informations. La nécessité de prendre des décisions face à des informations imprécises, voire déconcertantes – et cela n'a rien à voir avec les connaissances et compétences techniques ou professionnelles – crée une tension supplémentaire, même chez les managers et professionnels internationaux les plus expérimentés. Cette tension est à l'origine des décisions erronées et coûteuses qui sont parfois prises dans un contexte international.
Enfin, deux points importants à considérer. Premièrement, on pourrait penser, d'après ce qui a été lu, que le choc culturel n'affecte que les cadres et les professionnels en mission de longue durée. C'est une erreur. Les personnes en mission de courte durée (semaines ou mois) et celles en voyage d'affaires, même de quelques heures seulement, peuvent également en être victimes, parfois de manière assez sévère. En effet, de par la nature de leur mission, elles ne bénéficient pas, dans ce cas précis, du temps nécessaire pour assimiler les différences culturelles et s'y adapter. L'expérience de l'inconnu – et le sentiment d'être un étranger – est tout aussi présente quelle que soit la durée du contact interculturel, et les réactions, symptômes et problèmes liés au choc culturel peuvent être identiques. En réalité, le choc culturel, et sa gravité potentielle, ne dépendent pas de la durée, mais plutôt de trois facteurs (*) :
– Distance culturelle : à quel point l’autre culture diffère de la nôtre
– Contexte socio-professionnel : soutien reçu dans la culture étrangère (famille, autres expatriés, etc.), de la culture d’origine (entreprise, famille, amis, etc.) et formation interculturelle reçue avant le départ
– la personnalité propre à chaque personne
Deuxièmement, le choc culturel ne se surmonte pas facilement. Chaque changement d'environnement culturel engendre un choc culturel nouveau et différent.
Dans la troisième et dernière partie de l'article, nous verrons enfin comment surmonter le choc culturel, ses effets bénéfiques et ce qui se passe lorsque l'expatrié rentre chez lui : le choc culturel inversé ou de retour.
(*) Marx, E. : Surmonter le choc culturel. Nicholas Brealey Publishing, Londres, 2001

