Edward Fenech Adami est devenu Premier ministre de la République de Malte en 1987, à la suite de la victoire du Parti nationaliste démocrate-chrétien (PN) aux élections générales de cette année-là. Il a mené le PN à une nouvelle victoire électorale en 1992, assurant ainsi une large majorité à son gouvernement.
Le Premier ministre de Malte estime que, dans le conflit avec l'Irak, l'action militaire devrait être le dernier recours.
– Suite au sommet de Copenhague, il a été confirmé que Malte fait partie des dix pays qui rejoindront la Communauté européenne en mai 2004. Quel est votre avis sur le processus de négociation et ses conséquences ?
Bien que Malte ait déposé sa candidature à l'adhésion à l'UE en 1990, les négociations en vue de son adhésion ont débuté il y a trois ans.
Je dois reconnaître que nous avons traversé trois années de négociations difficiles, durant lesquelles mon gouvernement a toujours fait preuve d'une grande prudence quant à l'impact de l'adhésion sur les différentes composantes de la société maltaise. À cet égard, tous les secteurs de la société maltaise ont participé activement à toutes les négociations menées avec l'Union européenne. Il s'agissait véritablement d'un processus national.
L'issue des négociations a confirmé que l'UE comprenait la position de Malte et nos besoins spécifiques. De fait, nous pouvons affirmer avoir obtenu une solution sur mesure et des accords exceptionnels. Soixante-dix-sept chapitres spéciaux ou périodes de transition ont été obtenus, couvrant des domaines sensibles tels que l'acquisition de biens immobiliers, la libre circulation des personnes et les aides d'État aux chantiers navals. Nous avons également obtenu une enveloppe financière nette de 194 millions d'euros et un protocole sur l'avortement, qui confirme la primauté du droit national.
Il convient de souligner l'importance de la déclaration de neutralité de Malte, certifiant que le pays conservera son statut neutre en tant qu'État membre de l'Union.
L'ensemble des mesures que nous avons négociées a été compris et accepté par la grande majorité des partenaires économiques et sociaux de Malte, ainsi que par l'opinion publique. Actuellement, le sentiment général dans le pays est que nous ne pouvons pas nous permettre de laisser passer cette occasion unique d'adhérer à l'UE.
Parallèlement, nous avons démontré notre capacité à mettre en œuvre les changements administratifs et législatifs nécessaires pour garantir une transition harmonieuse et progressive de Malte vers l'adhésion. Nous mettons en place les structures indispensables pour assurer notre participation active et effective à l'Union européenne dès le premier jour.
– En ce sens, quelle contribution Malte peut-elle apporter à l’UE ?
Malte peut apporter une contribution significative en tant qu'État membre de l'UE dans plusieurs domaines. La Méditerranée est sans doute le plus important d'entre eux. Nous sommes convaincus que la paix et la stabilité en Europe sont indissociables de la paix et de la stabilité en Méditerranée.
Grâce à nos liens au sein de diverses instances régionales, à nos efforts et, à l'avenir, en tant que membres de l'UE, nous sommes convaincus que notre expérience dans la région peut contribuer de manière significative à la promotion du développement en Méditerranée et ainsi atténuer les effets négatifs excessifs si souvent ressentis par le passé. À cet égard, le développement de la Méditerranée est essentiel pour lutter contre les migrations, la dégradation de l'environnement et la criminalité internationale, autant de fléaux alimentés par le sous-développement et les contraintes économiques.
Grâce à ses excellentes relations avec ses voisins méditerranéens, Malte peut sans aucun doute renforcer la dimension méditerranéenne au bénéfice de tous les membres de l'Union.
– En matière de sécurité internationale, Malte envisagera-t-elle de rejoindre l'OTAN ?
Malte est un État neutre et sa constitution n'autorise pas la participation à l'OTAN ni à des alliances militaires similaires. La neutralité du pays a été reconnue dans une déclaration annexée à son traité d'adhésion à l'UE, qui stipule que toute initiative future en matière de défense commune nécessiterait l'accord de tous les États membres de l'UE, agissant conformément à leurs dispositions constitutionnelles respectives.
– Quel est votre avis sur l’attaque imminente contre l’Irak ?
La situation en Irak met en évidence la nécessité de trouver un juste équilibre et de garantir la crédibilité des efforts déployés pour résister aux atteintes au droit international. Malte soutient tous les efforts concertés de paix visant à exercer une pression sur le gouvernement irakien et coopère pleinement avec l'équipe d'inspection des Nations Unies.
Il est également primordial que la communauté internationale continue d'agir conjointement au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies et que tous les efforts contribuent à un règlement satisfaisant de la situation, sans recourir à l'action militaire, qui doit demeurer, comme toujours, un dernier recours. Malte inscrit également la situation actuelle en Irak dans le contexte plus large de la stabilité immédiate et à long terme.




