Maria Victoria Pinilla, maire de La Muela (Saragosse) : « Je préfère prendre l'avion et négocier directement avec les hommes d'affaires du pays. »

La Muela est devenue un exemple éloquent de la réussite économique d'une commune européenne. Grâce à l'installation d'un parc éolien et à la création de sa nouvelle zone industrielle, sa population a augmenté de 70 % ces deux dernières années. Récemment, sa maire a signé un accord de commerce extérieur avec plusieurs entreprises de Saint-Domingue. Et elle nous assure que ce n'est qu'un début…

– Quel est votre avis sur l’entrée des pays candidats dans l’Union européenne ? La Muela est-elle jumelée avec une commune européenne ?

Pour l'instant, nous ne sommes jumelés avec aucun pays européen. Nous travaillons à établir un jumelage avec Saint-Domingue, même si nous ne savons pas encore si ce projet aboutira. Ils y sont très favorables. Lors de mon dernier voyage dans ce pays, nous avons toutefois signé un accord important permettant aux entreprises du parc industriel de La Muela d'exporter tout ce dont la République dominicaine a besoin. Par exemple, nous allons tenter de passer une commande de plusieurs milliards de dollars auprès d'Arpa, une entreprise de La Muela spécialisée dans la fabrication d'équipements militaires. Cette commande intéresserait le ministère de la Défense et la Croix-Rouge. Nous étudions également l'intérêt d'une autre entreprise qui fournirait des matériaux pour la construction d'un pont métallique. J'espère que d'autres projets verront le jour.

– Comment un conseil municipal d'une petite commune peut-il remplir efficacement ces fonctions en dehors des organismes qui promeuvent le commerce extérieur ?

C'est peut-être parce que nous ne sommes pas membres de ces associations et que je m'en occupe seul, avec le soutien des chefs d'entreprise de la zone industrielle. Inutile de passer par des intermédiaires : cela ne fait que retarder les choses. Il est plus simple de prendre l'avion et de négocier directement avec eux.

– Pourquoi La Muela est-elle une commune dotée d'autant d'infrastructures et de services alors qu'elle a le même nombre d'habitants et des caractéristiques similaires aux autres ?

Sans vouloir faire preuve de modestie, tout repose sur l'éthique professionnelle. Il s'agit d'avoir une ambition, de se fixer un objectif. Et si cet objectif est à court terme et qu'on l'atteint, c'est encore mieux. La réussite de tout entrepreneur réside là : avoir un rêve, un projet, et à partir de là, tout mettre en œuvre pour le concrétiser.

– En Aragon, le phénomène de dépeuplement rural est en cours. Le fait que La Muela soit proche de Saragosse ne pose-t-il pas problème ?

Quant à la croissance, ce n'est pas un problème, mais un atout. On peut vivre à La Muela et travailler à Saragosse. Cependant, cela représente un obstacle sur le plan administratif. Autrement dit, si le conseil municipal d'une grande ville soumet un projet, celui-ci rencontre beaucoup moins d'obstacles à son approbation que celui d'une petite commune.

– Mais ces obstacles sont-ils réciproques, comme l’arrêt possible des travaux de construction de l’autoroute N-II ?

Absolument pas. Nous n'avons jamais demandé l'arrêt des travaux. Nous avons simplement indiqué que la route longe le site archéologique, qui fait partie du patrimoine du Gouvernement d'Aragon. Mais j'irai même plus loin : s'il n'y avait pas d'autre solution et qu'une décision devait être prise, il serait logique de maintenir la route.

– Quels projets inachevés seront entrepris au cours de cette législature ?

Nous venons de commencer les travaux de la quatrième phase du parc industriel, qui représente un million et demi de mètres carrés, bien que je souhaite également que les travaux de la cinquième phase soient réalisés, ce qui représenterait un million et demi de mètres carrés supplémentaires.

Les travaux de la station d'épuration sont en cours, et nous allons goudronner une route grâce à des fonds municipaux. Nous avons obtenu les autorisations nécessaires du ministère des Travaux publics, ce qui représente un véritable exploit, ainsi qu'une subvention de 200 millions de pesetas pour d'autres projets en attente.

La Muela est connue pour ses services sociaux, comme les excursions organisées par la mairie pour ses habitants. Comment ces services sont-ils subventionnés ?

C'est très simple. L'an dernier, nous étions 264 à aller à Saint-Domingue, et cette année, nous partons pour le Mexique dans un avion de 410 places. La moitié du coût est prise en charge par les habitants, l'autre moitié par la mairie. Comment ? Dans une mairie, comme dans une entreprise, il y a des excédents budgétaires qui peuvent être redistribués de différentes manières, et nous les utilisons pour soutenir les personnes atteintes de maladies chroniques ou pour ce genre d'initiatives. Ce qui nous semble inapproprié, c'est d'allouer 100 millions de pesetas aux festivités municipales. Cet argent pourrait être utilisé plus efficacement.

– Tout se résume à une bonne gestion…

Cela exige une bonne gestion et, peut-être, un peu d'égoïsme de la part des politiciens, qui ont généralement tendance à tout accaparer pour eux-mêmes.

– Où commencent et où s’arrêtent vos aspirations politiques ?

Eh bien, tout a commencé par hasard avec un groupe d'amis, sans qu'on imagine un seul instant gagner. À l'époque, j'étais aussi apolitique qu'on peut l'imaginer, et je le suis toujours ; la gestion municipale, c'est une toute autre histoire. Après ma victoire, je me suis mis au travail et j'ai investi massivement dans cette ville. Je pense que je terminerai bientôt, de retour chez moi, auprès des entreprises familiales. À vrai dire, en seize ans, je n'ai assisté qu'à deux réunions du Parti aragonais.

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