CéscéCesce, la compagnie espagnole d'assurance-crédit à l'exportation, est un acteur clé du soutien à l'internationalisation des entreprises espagnoles. En tant qu'Agence espagnole de crédit à l'exportation (ACE), elle gère les instruments officiels de soutien au crédit à l'exportation pour le compte de l'État, en proposant des assurances-crédit et des garanties. Sa mission est de promouvoir le commerce extérieur, en protégeant les entreprises des risques liés à leurs opérations internationales et en facilitant leur accès à de nouveaux marchés. De plus, par l'intermédiaire de sa filiale Informa D&B, Cesce fournit des informations stratégiques essentielles à la prise de décision.
Pablo de Ramón-Laca Clausen Personnalité éminente du monde économique et financier, il est actuellement président exécutif de Cesce et président d'Informa D&B. Technicien commercial et économiste d'État, il est titulaire d'un diplôme en philosophie, sciences politiques et économie de l'Université d'Oxford et d'un master en économie de la London School of Economics and Political Science. Son parcours professionnel est vaste et très pertinent. Il a débuté sa carrière au sein de l'Unité de gestion des crises financières de la Banque d'Angleterre et a occupé diverses responsabilités au Secrétariat général du Trésor, notamment à la Direction générale du Trésor et de la politique financière entre 2020 et 2022. Durant cette période, il a présidé le sous-comité du CEF sur les marchés européens de la dette souveraine (ESDM) du CEF et a été membre du Comité technique de stabilité financière de l'Autorité macroprudentielle du Conseil de stabilité financière (AMCESFI), entre autres fonctions. Par la suite, en 2022, il a rejoint le Fonds monétaire international (FMI) en tant que directeur exécutif suppléant, avant d'assumer son rôle actuel au Cesce en septembre 2024. Sa profonde compréhension des marchés financiers et de la politique économique le positionne comme une voix faisant autorité dans la promotion du commerce extérieur espagnol.
Comment évaluez-vous les 25 premières années du 21e siècle en termes d’internationalisation des entreprises espagnoles, en soulignant les principales étapes et les principaux défis ?
Paul Ramon-LacaLes 25 premières années de ce siècle ont été véritablement cruciales pour les entreprises espagnoles, non seulement d'un point de vue macroéconomique, où l'Espagne a connu une internationalisation significative, mais aussi d'un point de vue géopolitique, car l'Espagne s'affirme désormais davantage sur la scène internationale. Après la crise financière, les entreprises ont réussi à se désendetter, réduisant ainsi leur endettement, ce qui les a rendues plus compétitives et leur a permis de conquérir de nouveaux marchés. Le résultat est impressionnant : nous avons triplé nos exportations en termes nominaux au cours de ces 25 ans. En termes réels, notre contribution au PIB est passée d'un peu plus de 28 % à 37 %. Il convient de souligner que nous avons multiplié par cinq nos exportations vers l'Afrique, par quatre vers l'Asie et par trois vers l'Amérique latine, régions où nous étions déjà fortement implantés. En bref, nos entreprises sont devenues structurellement exportatrices nettes, ce qui représente la plus grande réussite du monde des affaires espagnol au cours du dernier quart de siècle.
Après ce processus de désendettement et d'expansion, quel est le rôle actuel de Cesce en tant que référence et force motrice dans l'évolution des entreprises cherchant à vendre sur un marché incertain ?
PR-L. Comme je l'ai mentionné, après la crise de la dette souveraine, nos entreprises se sont désendettées et ont dû se tourner vers l'exportation pour surmonter la situation. Aujourd'hui, l'objectif fondamental est de consolider cette position d'exportateur structurel tout en diversifiant nos activités, en explorant et en trouvant de nouveaux marchés. C'est précisément à cet égard que Cesce joue un rôle crucial. L'entreprise joue un rôle majeur dans le Plan de relance, de transformation et de résilience récemment annoncé par le gouvernement. Les 2.000 milliards d'euros destinés à assurer des projets pour les entreprises particulièrement touchées sont très bien accueillis ; 1.324 milliard d'euros ont d'ailleurs déjà été alloués à divers projets. Par ailleurs, nous investissons massivement dans l'intelligence économique. Notre département Risque Pays se consolide en tant qu'acteur majeur. Think Tank Géopolitique, offrant une perspective économique et commerciale. Et, bien sûr, l'assurance-crédit que nous proposons, notamment pour le compte de l'État, est un outil fondamental pour accompagner les entreprises dans leurs processus d'internationalisation et de croissance.
Dans le contexte actuel de forte volatilité (géopolitique, chaînes d’approvisionnement, etc.), quels sont selon vous les principaux risques et opportunités pour les exportateurs espagnols à court et moyen terme ?
PR-L. Le plus grand défi auquel nos entreprises sont actuellement confrontées est sans conteste la volatilité et l'incertitude, notamment en ce qui concerne les droits de douane. Des mesures comme celle de Trump, bien que logiques, ont une justification économique limitée. De plus, ces fluctuations freinent l'investissement et génèrent un sentiment général d'incertitude. Bien que l'accord entre l'Union européenne et les États-Unis ait atténué une partie de cette incertitude, des points restent à éclaircir. Je m'inquiète également du détournement des exportations et des importations et de la façon dont cela pourrait perturber les relations contractuelles entre entreprises de différents pays. Face à cette situation, les entreprises doivent être extrêmement vigilantes afin de saisir les opportunités qui se présentent, car malgré les défis, ces opportunités existent. Les politiques publiques ne doivent pas se contenter de limiter les risques et de protéger les entreprises, mais aussi de les aider à tirer parti de ces nouvelles possibilités, car elles ouvrent de nouvelles perspectives et des voies de conquête de nouveaux marchés.
Quels types de solutions et d’innovations stratégiques Cesce met-elle en œuvre pour naviguer dans cet environnement et répondre à la demande actuelle de couverture et de services spécifiques ?
PR-L. Nos clients nous font clairement comprendre que le modèle d'assurance et l'intelligence économique de Cesce fonctionnent, mais ils ont besoin plus De Cesce. Davantage de soutien public, davantage d'assurance publique, car l'incertitude s'est accrue. C'est pourquoi nous concentrons nos efforts, notamment avec la présentation de notre plan stratégique 2026-2029, sur l'amélioration de la proposition de valeur que nous offrons à nos entreprises clientes, tant pour le compte de l'État que pour notre propre compte. Nous proposerons une offre plus cohérente, avec des offres d'intelligence économique renforcées et davantage de polices, prenant davantage de risques pour le compte de l'État, ce qui est déjà mis en œuvre dans le dernier train de mesures annoncé. Les données commencent déjà à refléter une hausse de la demande, indiquant que nous répondons à un réel besoin du marché. Fin août, nous avions déjà clôturé 3.300 milliards d'euros de transactions, ce qui représente un record absolu pour l'entreprise. Et en termes d'encours de portefeuille, c'est-à-dire l'ensemble des risques que nous prenons pour soulager nos clients, il dépasse déjà les 20.000 milliards d'euros, un record historique pour Cesce. La demande est claire : nos clients ont besoin de plus de ressources et de plus de risques, et nous sommes convaincus de pouvoir y répondre.
Sur la base de l'expérience de Cesce, quels sont les points clés et les recommandations pour une PME qui envisage de faire le saut international dès maintenant ?
PR-L. Pour une PME ou une entreprise de taille moyenne souhaitant exporter, deux aspects fondamentaux sont à prendre en compte. En interne, l'entreprise doit s'assurer que sa taille et son modèle économique sont cohérents avec les objectifs d'internationalisation qu'elle s'est fixés. Il est essentiel d'avoir des attentes réalistes quant aux objectifs réalisables et aux délais impartis. Deuxièmement, elle doit disposer d'informations commerciales actualisées et précises sur les pays de destination. Exporter sur la base de données datant d'il y a dix ans ne profite ni à ses actionnaires ni à ses clients réguliers. Enfin, elle a besoin de financements et d'assurances adéquats, qu'ils soient publics ou financés par ses propres ressources. En externe, l'entreprise doit s'assurer d'exporter vers un pays offrant une sécurité juridique suffisante, une croissance économique garantissant la demande pour ses produits et une capacité d'investissement, tant privée que publique, pour compléter son entrée sur le marché si nécessaire.
En regardant vers l’avenir, quel est le prochain grand défi pour l’internationalisation de l’Espagne et comment Cesce se prépare-t-elle à rester un partenaire clé dans cette nouvelle ère ?
PR-L. Je dirais que les deux principaux objectifs sont la consolidation de notre position actuelle et la diversification vers de nouveaux marchés. Après 25 ans, nos entreprises sont déjà considérées comme des partenaires fiables partout dans le monde. Elles sont compétitives, produisent avec une grande efficacité et se sont parfaitement adaptées à l'exportation. Aujourd'hui, la plupart des entreprises, surtout celles d'une certaine taille, disposent de services d'internationalisation. Il y a dix ou quinze ans, l'exportation était perçue comme un moyen de positionner les excédents non écoulés sur le marché intérieur ; aujourd'hui, structurellement, elles sont devenues exportatrices nettes. Il est crucial de consolider cette position et de transformer cette position privilégiée d'excédent courant en un élément structurel et non plus seulement temporaire. Le deuxième point est la diversification, et je ne parle pas de la recherche de marchés alternatifs, mais de la diversification. ouvrir Nouveaux marchés. L'incertitude actuelle crée des opportunités, et même si des marchés comme les États-Unis risquent de fermer, il est essentiel, sans négliger l'importante relation avec ce pays, de pouvoir ouvrir d'autres perspectives. L'Espagne dispose de grandes opportunités à cet égard. Par exemple, nous venons de signer un accord commercial avec le Mercosur, un groupe de pays avec lequel nous partageons beaucoup et qui ouvre d'innombrables possibilités d'exportation, de manière structurelle et non pas seulement temporaire. En bref, de nombreuses opportunités s'offrent à nos entreprises.

